Ordre Général N° 54 du Général de Division P. MAGNAN
à la 9°D.I.C.


OFFICIERS, SOUS-OFFICIERS, CAPORAUX ET SOLDATS DE LA 9° D.I.C.

 

Prés d'un an vient de s'écouler depuis notre départ de la terre d'Afrique. Une année de vie en commun. Une année aussi de victoires aux noms désormais fameux.

 

C'est l'Ile d'Elbe d'abord. Nul mieux que vous n'y pouvait réussir, car il fallait "le cœur d'un matelot et celui d'un soldat".

C'est le débarquement ensuite, poignante et splendide réalité après les beaux espoirs si longtemps caressés. C'est Toulon libérée, c'est l'ennemi chassé jusqu'au cœur du Jura.

Là, sans que s'arrête le combat, nos fiers Sénégalais, éprouvés et trempés au feu, sont relevés par de jeunes recrues que leur ardent patriotisme, soutenu par la valeur des cadres, élève cependant au niveau des meilleurs.

C'est alors la bataille reprise, le dispositif ennemi enlevé d'un seul coup, la percée vers I'Alsace où pénètre, premier de tous, notre R.I.C.M.

C'est, pour finir, vision exaltante, l'arrivée sur le Rhin, face à la sombre Allemagne, et l'attente des derniers chocs.

Sept cents kilomètres franchis victorieusement en moins de quatre mois, des divisions entières et des organisations puissantes anéanties, onze mille prisonniers et un matériel important tombés entre nos mains, telle est la part de la 9° D.I.C., votre part, dans la libération de la Patrie.

Ces succès, c'est au courage de tous et à l'expérience des cadres que nous les devons. Nous les devons, en même temps, à cet esprit qui fait de la 9° D.I.C. une seule et même équipe, unie par les sentiments communs de confiance réciproque, de goût du risque et de l'effort, traditionnel chez les coloniaux, de foi brûlante, enfin, en la victoire.

Unie également, et le plus solidement peut-être, par ce que d'aucuns appellent notre particularisme, mais qui est seulement l'orgueil de notre belle arme, de la vieille Infanterie de Marine d'autrefois, à la "Coloniale" d'aujourd'hui.

Dans cette équipe, des vides se sont creusés. Nombreuses, les tombes jalonnent la route parcourue. Je salue ici nos morts, dont la pensée, restée vivante, suivra et soutiendra jusqu'au bout nos efforts.

 

OFFICIERS,  SOUS-OFFICIERS.  CAPORAUX  ET  SOLDATS

        C'est fiers d'un illustre passé, riche en hauts faits de nos anciens, fiers aussi du passé tout récent dont vous avez écrit la page glorieuse, que vous regarderez maintenant l'avenir le front haut.

       Quel qu'il soit, où qu'il vous conduise, des bords du Rhin à ceux du lointain Pacifique, en Allemagne ou en Extrême-Orient, partout et toujours vous vaincrez, demain comme aujourd'hui, sous le signe de L'ANCRE !

 

   

P.c. le 26 décembre 1944

Le Général de Division P. MAGNAN. Commandant la 9° D. l. C.