La Division au combat   (Récits anecdotiques)

Nos Filles  
Le rôle utile et le courage de nos auxiliaires féminines, de nos "filles", sont souvent mis en doute tant les français sont, par tradition, sceptiques et railleurs en la matière. Mais loin du front seulement !
L'armée française, elle, est fière de ses conductrices ambulancières et quand d'aventure vous en rencontrerez dont la poitrine s'orne d'une croix, abandonnez alors toute ironie. Voici la simple histoire de deux d'entres elles dont les citations, dans leur sécheresse voulue, sont plus émouvantes qu'un long récit.


Madame Rouquette, Suzanne, Marie-Louise, commandant la section de conductrices de la 2° Compagnie de Ramassage du 25° Bataillon Médical, a été nommée Chevalier de la Légion d'Honneur avec la citation suivante :

"Chef énergique et bienveillant, infatigable, exerce son commandement avec une maîtrise remarquable.
"Toujours la première aux endroits exposés et aux moments dangereux, a conduit ses filles, pendant l'opération de l'Ile d'Elbe, de Toulon et de la boucle du Doubs, avec un cran et une simplicité qui ont fait l'admiration des combattants.
"A été grièvement blessée le 26 novembre  1944  à  l'est  de  Courte-Levent, au cours d'une mission d'évacuation.
"Capturée par un détachement allemand, a su, par son attitude et son sang-froid, en imposer à l'ennemi et contribuer à la restitution par celui-ci de six conductrices, dont trois blessées, et du corps d'un médecin-capitaine tué un instant auparavant.
"Ramenée presque mourante dans nos lignes, n'a cessé de s'inquiéter de ses conductrices blessées et des brancardiers prisonniers qui l'avaient pansée.
"Type émouvant et magnifique de femme soldat de la libération. Déjà titulaire d'une citation à l'ordre de la Division."


Et voici la seconde citation, attribuée à Mademoiselle Cabanes Marguerite, de la Croix-Rouge de Toulon :

"Ambulancière de la Croix-Rouge de Toulon qui a fait preuve des plus belles qualités de courage lors de l'entrée des troupes françaises dans cette ville. Ayant conduit les premiers chars français en déterrant elle-même les mines pour assurer leur passage, a aussitôt après repris sa mission d'ambulancière.
Arrêtée dans Toulon par les alle- mands, menacée d'être fusillée, n'a dû son salut qu'au calme et au sang-froid dont elle a fait preuve en la circonstance."


Un trait encore de la gentillesse courageuse de nos filles.

En un temps où la tenue américaine uniformise tous les combattants, les coloniaux, pour maintenir une tradition qui leur est chère, portent le bonnet de police bleu marine à passepoil rouge orné de l'Ancre du côté gauche. Ce couvre-chef est un symbole.
Il faut, pour pouvoir l'arborer, être colonial ou reconnu digne de l'être. La première section féminine arrivée à la Division en Afrique du Nord décida de ne porter ce calot qu'après l'avoir mérité. Mais, dès le premier baroud, nos filles avaient conquis de haute lutte leurs titres nobiliaires.


Les calots furent commandés d'urgence et remis au cours d'une gaie cérémonie où le courage guerrier se présenta — une fois n'est pas, coutume — sous l'aspect de blonds visages aux sourires gracieux.